- Plex gagne sur le confort immédiat : apps natives partout, transcoding matériel qui marche sans y toucher, accès distant intégré
- Jellyfin gagne sur le contrôle : zéro compte tiers, zéro télémétrie, zéro dépendance à un serveur central qui peut fermer demain
- Le réseau segmenté et Tailscale (article précédent de la série) suppriment justement l'avantage principal de Plex — j'ai tranché pour Jellyfin
Hyperviseur choisi, réseau segmenté, accès distant qui marche depuis un hôtel à Kyoto — restait la question qui traîne depuis le début : qu'est-ce qu'on héberge en premier ? La réponse classique, presque un cliché du homelab, c'est un serveur média. Sauf qu'il faut choisir entre Jellyfin et Plex, et les deux camps sont aussi tranchés que Vim contre Emacs.
J'ai testé les deux en parallèle pendant trois semaines sur le même LXC avant de trancher. Voici pourquoi j'ai fini par désinstaller l'un des deux.
Le problème : deux philosophies opposées
Plex et Jellyfin font techniquement la même chose — scanner une bibliothèque, extraire les métadonnées, transcoder à la volée, streamer vers n'importe quel appareil. Mais leur architecture répond à deux logiques différentes.
Plex fait transiter chaque connexion, même locale, par ses serveurs centraux pour l'authentification. Le compte est obligatoire, la télémétrie est activée par défaut, et une partie des fonctions avancées (transcoding matériel illimité, sync mobile) est verrouillée derrière Plex Pass, un abonnement à environ 5 €/mois ou un paiement à vie autour de 120 €.
Jellyfin est un fork de feu Emby, entièrement open source, sans compte central, sans télémétrie, sans palier payant. Tout ce que le logiciel sait faire, il le fait gratuitement — la contrepartie, c'est qu'il faut configurer soi-même ce que Plex fait deviner à sa place.
Ce que Plex fait mieux
Soyons honnête, parce que c'est la règle ici : Plex a de vraies qualités et prétendre le contraire serait malhonnête.
- Les apps clientes — Apple TV, tvOS, Android TV, Roku, Chromecast — sont plus polies et plus stables que leurs équivalents Jellyfin, qui progressent vite mais restent parfois un cran derrière sur les box TV bas de gamme.
- Le transcoding matériel se configure en trois clics dans Plex Pass. Sur Jellyfin, il faut passer les périphériques `/dev/dri` dans le conteneur, choisir le bon pilote VAAPI ou Quick Sync, et débugger un flux qui repasse en logiciel sans prévenir si la config est incomplète.
- L'accès distant est intégré nativement, sans rien configurer côté réseau — Plex gère le relais si le NAT traversal échoue.
- Le scraping de métadonnées est plus précis sur les contenus obscurs, grâce à une base propriétaire plus fournie que les sources ouvertes utilisées par Jellyfin.
Ce qui a fait pencher la balance vers Jellyfin
Le point Plex le plus vendeur — l'accès distant sans configuration — ne compte plus pour moi. L'article précédent de cette série a mis en place Tailscale sur le VLAN Services : n'importe quel service qui tourne dessus, Jellyfin inclus, est déjà accessible de partout sans port ouvert et sans dépendre d'un relais tiers. L'avantage numéro un de Plex s'évapore dès qu'on a déjà résolu l'accès distant en amont.
Restait la question du compte central. Un homelab, pour moi, c'est justement l'inverse d'un service géré par quelqu'un d'autre : si demain Plex change ses conditions, ferme un serveur d'auth ou décide qu'une fonction bascule derrière un palier payant, ma bibliothèque locale dépend d'une décision prise ailleurs. Avec Jellyfin, le pire scénario est que le projet meure — le logiciel continue de tourner exactement comme avant, sans rien demander à personne.
La télémétrie a aussi pesé : Plex sait quand je regarde quoi, même en local, parce que l'authentification remonte par ses serveurs. Ce n'est pas dramatique en soi, mais ça contredit l'idée même d'auto-hébergement.
Config complète — Jellyfin en LXC avec Quick Sync
Déploiement en conteneur LXC Debian sur Proxmox, avec le partage du GPU Intel intégré pour le transcoding matériel (Quick Sync). Le stockage vidéo reste sur le NAS Unifi monté en NFS.
Sur l'hôte Proxmox, passage des périphériques de rendu dans la conf du conteneur (/etc/pve/lxc/<ID>.conf) :
lxc.cgroup2.devices.allow: c 226:0 rwm
lxc.cgroup2.devices.allow: c 226:128 rwm
lxc.mount.entry: /dev/dri dev/dri none bind,optional,create=dirDans le conteneur, montage du NAS puis déploiement via Docker Compose :
services:
jellyfin:
image: jellyfin/jellyfin:latest
container_name: jellyfin
network_mode: host
volumes:
- /srv/jellyfin/config:/config
- /srv/jellyfin/cache:/cache
- /mnt/nas/films:/media/films:ro
- /mnt/nas/series:/media/series:ro
devices:
- /dev/dri:/dev/dri
restart: unless-stoppedUne fois le conteneur lancé, l'activation du transcoding matériel se fait dans Dashboard → Lecture : cocher Accélération matérielle : Intel QuickSync (QSV) et sélectionner /dev/dri/renderD128 comme périphérique. C'est la seule étape manuelle qui remplace ce que Plex Pass fait automatiquement.
Côté bibliothèque, Jellyfin scanne /media/films et /media/series en tâche de fond et récupère les métadonnées via TheMovieDB — gratuit, sans clé API à payer, mais un peu moins complet que la base Plex sur les titres rares.
Résultat
Trois semaines de cohabitation Plex/Jellyfin plus tard, le CPU du LXC Jellyfin tourne à moins de 15 % pendant un transcode 4K vers 1080p grâce au Quick Sync — sans lui, il montait à 90 % en transcodage logiciel pur. La conso mémoire au repos tourne autour de 400 Mo, largement dans le budget du nœud le plus chargé de mon cluster.
Côté usage réel, l'app Jellyfin sur Apple TV a mis plus de temps à se stabiliser que je ne l'aurais voulu — deux mises à jour ont été nécessaires pour que la lecture ne saccade plus sur certains fichiers HEVC. Ce n'est pas parfait, et si votre priorité absolue est le zéro-bidouille sur toutes les box TV du salon, Plex reste objectivement le choix le plus confortable.
La suite de cette série
- Quel hyperviseur choisir ?
- Réseau et accès distant sans ouvrir un port
- Jellyfin ou Plex : le choix du premier service — vous êtes ici
- Monitoring avec Netdata & Uptime Kuma — à venir
Ce que vous pouvez faire ce week-end
Si votre réseau et votre accès distant sont déjà réglés, installez Jellyfin en conteneur et donnez-lui deux semaines avant de juger — la première impression sur le transcoding matériel est souvent la config qui manque, pas le logiciel qui déçoit. Si vous partagez la bibliothèque avec des proches peu à l'aise en technique, testez d'abord Plex en version gratuite : le confort des apps peut valoir la petite perte de contrôle. Et dans les deux cas, montez la bibliothèque en lecture seule (:ro) — un bug de scan ne doit jamais pouvoir toucher aux fichiers sources.